26 octobre 2016

Les défis de l’électrification rurale face aux objectifs de développement et climat

Jeudi 6 octobre 2016, à l’occasion de ses 30 ans d’actions, Electriciens sans frontières réunissait, pour un colloque à l’Assemblée nationale, plusieurs acteurs de l’accès à l’énergie et de la solidarité internationale afin de faire le point sur la situation des zones rurales isolées dans les pays en développement, un an après l’adoption des Objectifs de développement durable et la signature de l’Accord de Paris.

Colloque Electrification rurale, développement et climat

Bruno Léchevin, Vice-Président de l’ONG et Président de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), a introduit l’après-midi en rappelant le double enjeu de l’accès à l’électricité : la lutte contre la pauvreté et la lutte contre le réchauffement climatique.

Edouard Dahomé, conseiller de Jean-Claude Houssou, ministre de de l’énergie, de l’eau et des mines du Bénin, s’est fait la voix du ministre, celui-ci ayant été retenu à Cotonou.

Edouard Dahomé, conseiller de Jean-Claude Houssou, ministre de de l’énergie, de l’eau et des mines du Bénin

Edouard Dahomé a dressé un portrait de la situation énergétique du pays, en rappelant la forte dépendance vis-à-vis de l’extérieur et les disparités fortes entre zones urbaines et zones rurales. Avec un taux d’électrification de 7%, les villages reculés sont dans l’obligation d’utiliser des groupes électrogènes polluants et coûteux pour transformer les produits de l’agriculture, dont ils tirent leurs principales richesses. L’absence d’électricité creuse aussi l’inégalité des chances qui prive les populations rurales de conditions d’éducation, d’hygiène et de soins dignes de ce nom. Le pays prévoit 4% de croissance démographique par an et 5% de croissance économique, ce qui aura pour effet de multiplier par 5 la demande en énergie d’ici 20 ans.

« Les zones rurales sont devenues une priorité pour le gouvernement. Nous souhaitons doter tous les établissements sensibles (centres de santé, hôpitaux, écoles) d’un accès à l’électricité. »

Les solutions envisagées sont en cours de définition et il est certain que les énergies renouvelables, notamment le solaire, y auront une place, celles-ci étant devenues compétitives. Un programme intitulé « Energie et eau pour la vie »  devrait être lancé dans les semaines à venir dans toutes les localités du Bénin pour qu’elles bénéficient d’un point d’accès à l’énergie et à l’eau à destination des structures collectives et des habitations individuelles quand cela sera possible. Il coordonnera une multiplicité d’acteurs : entreprises, électriciens locaux, populations, ONG…

La 1ère table ronde a été dédiée aux défis à relever pour réussir l’accès à l’électricité des plus pauvres. Erik Orsenna, écrivain et académicien, a animé les échanges.

Pierre Radanne, Président de l’association 4D et expert climat, a rappelé que la question de l’énergie est centrale du fait qu’elle participe à l’atteinte d’autres objectifs comme l’eau et la santé. « Une négociation internationale, et plus largement une politique, c’est un escalier. L’ensemble des pays se met d’accord sur la taille et la hauteur des marches pour qu’un enfant, un vieillard, un sportif ou une femme enceinte soient en mesure de les gravir, simplement ils ne le feront pas à la même vitesse. L’important n’est donc pas tant l’objectif mais la vitesse de réalisation de l’objectif. »

« Une politique aura pour objet d’aider les plus faibles à travers de la technologie et des financements. »

Jean Launay, Président du Partenariat français pour l’eau, a souligné que l’eau était la 1ère victime du réchauffement climatique qu’il y en ait trop (typhon, inondations) ou pas assez (sécheresse et stress hydrique). L’électricité permet de résoudre un certain nombre de difficultés pour accéder à l’eau et ainsi avoir un impact direct sur l’hygiène, la santé et l’économie.

Hary Andriantavy, Secrétaire exécutif de l’Association africaine pour l’électrification rurale, a rappelé un paradoxe du continent africain qui compte 800 millions de cartes sim opérationnelles alors que 600 millions de personnes sont coupées de l’électricité. « Finalement, le point de départ de tout projet doit être la planification qui va répondre aux questions suivantes : où sont ces 600 millions de personnes ? De quoi ont-ils besoin ? C’est ensuite qu’il conviendra de définir les moyens à mettre en œuvre. »

Frère Godfrey Nzamujo, Fondateur de l’association Songhai au Bénin, a particulièrement insisté sur l’importance d’adopter une vision systémique.

« L’accès à l’énergie et l’accès à l’eau ne doivent pas être dissociés car à deux, ils forment un moteur de développement socio-économique durable.

« La fourniture et la consommation en énergie dans un pays, est un indicateur du degré de son développement. »

Pour lui, la réponse à l’instabilité mondiale liée à l’épuisement des ressources et aux inégalités persistantes entre certains pays passe par le développement de technologies durables mises au service de la protection de l’environnement et du développement. Il poursuit sur la nécessité de « ne plus caresser la misère » en assistant les populations mais de les mettre « au volant de leur vie » en leur permettant de créer leurs propres richesses. Le modèle de « villes rurales vertes » développé à Songhaï au Bénin apporte une réponse à ce défi en plaçant l’agriculture au cœur d’un système qui s’auto-suffit. Voir la vidéo de présentation.

Benoît Leguet, Directeur Général d’I4CE, est revenu sur l’Accord de Paris qu’il qualifie de « succès diplomatique » et dont l’efficacité dépendra beaucoup de son application par chaque pays et les acteurs économiques.

« L’Accord de Paris évoque un montant de 100 milliards de dollars. Mais il faudrait investir 5 000 milliards de dollars chaque année pour arriver à une transition énergétique ! Or, cet argent existe mais, aujourd’hui, il n’est pas dirigé vers du vert. »

Finalement, l’essentiel des financements doit venir de la réorientation des flux financiers domestiques, les flux internationaux, sans être négligeables, ne seront qu’un facilitateur, et l’enjeu est bien d’articuler ces deux flux ensemble.

La table ronde #1 a ensuite laissé place à Jean-Louis Borloo, Président de la Fondation Energies pour l’Afrique.

Electrification rurale, développement et climat

Jean-Louis Borloo a remercié Electriciens sans frontières « d’avoir tenu le cap à un moment où l’énergie n’était qu’un sujet parmi d’autres. » L’ancien ministre a présenté l’énergie comme un droit donnant accès aux autres droits : eau, éducation, stabilité sur les territoires, paix, croissance…

Un témoignage de l’ancienne Directrice Energie et Climat à la United Nations Foundation a été diffusé sous la forme d’une vidéo.

Richenda-Van-Leeuwen

Richenda Van Leeuwen a salué les actions d’Electriciens sans frontières et a rappelé l’impact de l’accès à l’énergie sur l’ensemble des domaines du développement : sécurité alimentaire, éducation, santé, accès à l’eau, etc. Voir son témoignage vidéo.

« Même si les extensions de réseaux progressent, nous n’avons pas à attendre l’arrivée du réseau pour commencer à trouver des solutions. »

La table ronde #2 s’est interrogée sur la nécessité de redéfinir le rôle de chaque acteur dans les projets d’électrification rurale.

Erwan Bénezet, journaliste Energie au Parisien/Aujourd’hui en France, a animé les échanges et constaté que la tendance actuelle voyait les frontières traditionnelles entre les différents acteurs s’estomper.

« La question aujourd’hui n’est plus s’il faut travailler ensemble mais de quelle manière. »

Jean-Louis Bal, Président du Syndicat des énergies renouvelables, introduit le débat en dressant un portrait optimiste des énergies renouvelables. Il rappelle la compétitivité grandissante de celles-ci qui a profité dans un 1er temps aux pays développés puis aux émergents (Brésil, Inde) et récemment à certains pays africains où le solaire se retrouve plus compétitif que les énergies traditionnelles comme le fuel, le charbon et le gaz.

Benoît Ouoba, Président de l’association Tin Tua au Burkina Faso, est revenu sur l’importance d’associer le tissu associatif local en rappelant le partenariat qui a conduit son organisation à travailler avec Electriciens sans frontières en 2004 dans la région du Gulmu pour éclairer des salles de formation servant à l’alphabétisation des populations. Ce projet a permis à Tin Tua de former des techniciens et de mettre en place une équipe dédiée aux questions relatives aux énergies renouvelables. Depuis, la compétence en photovoltaïque s’est développée au sein de l’association burkinabé qui en 2010 est intervenue au Niger pour permettre l’accès à l’électricité et à l’eau à 15 villages de la commune de Tibiri.

Mansour MBow, proviseur du Centre Départemental de Formation Professionnel de Podor au Sénégal, a quant à lui souligné la nécessité de développer des compétences sur les terrains des besoins. Son centre de formation a ainsi accompagné Electriciens sans frontières dans un programme débuté en 2003 et achevé en 2011. 178 installations réparties dans plusieurs communes ont ainsi équipé des écoles, des cases et postes de santé, ainsi que des logements d’enseignants et d’auxiliaires de santé. La réalisation avait été confiée à des Centres Départemental de Formation Professionnelle dont celui de Podor.

Christian de Gromard, expert en énergie à l’Agence française de développement, a abordé la question du financement des projets d’accès à l’énergie et n’a pas souhaité entrer dans un débat qui opposerait prêts et subventions car « les deux sont utiles et nécessaires. » Il a également souligné la nécessité d’intégrer aux projets une forme de tarification pour ne pas laisser penser aux usagers que l’eau et l’électricité sont des ressources gratuites.

Haingo Randrianarivony, Directrice générale de l’association CITE à Madagascar, a enfin porté la voix des populations, « acteur principal des projets et pourtant le plus négligé ». Elle rappelle d’ailleurs que le terme bénéficiaire n’est pas approprié car il place les populations dans une relation d’assistanat. Or, « leur implication est le 1er gage de pérennité des projets. Si à la question, à qui appartient cette installation, on vous répond en pointant du doigt le logo du bailleur financier, c’est que la démarche d’appropriation a échoué. » Impliquer, c’est d’abord s’associer à une association locale en s’assurant que celle-ci est bien légitime au regard de la population villageoise. Puis impliquer, ce n’est pas uniquement participer aux réunions c’est aussi relever ses manches et creuser des tranchées !

« Les populations locales tiennent le rôle principal d’un projet, or ce sont les premières négligées. »

Le colloque s’est clôturé avec André Vallini, Secrétaire d’état au Développement et à la Francophonie, auprès du ministre des Affaires étrangères et du Développement international.

Electrification rurale, développement et climat

André Vallini a eu à cœur d’apporter une touche personnelle à son discours en évoquant ses racines italiennes qui ont conduit son grand-père à franchir les Alpes et à exercer le métier d’électricien. Il fait de l’éducation sa priorité et rappelle l’importance d’éclairer des écoles mais surtout de brancher des ordinateurs. Le gouvernement français a d’ailleurs promis 6 milliards d’euros pour le secteur de l’énergie en Afrique.

La célébration des 30 ans d’actions de l’ONG a été l’occasion de donner la parole à un partenaire de longue date.

Electrification rurale, développement et climat

Jean-Bernard Lévy, PDG du groupe EDF, a ainsi exprimé son attachement aux « liens familiaux » que partagent EDF et Electriciens sans frontières et a réaffirmé le soutien de l’entreprise à l’ONG.

Hervé Gouyet, Président d’Electriciens sans frontières, a clôturé les échanges.

Electrification rurale, développement et climat

Hervé Gouyet a rappelé que plus d’un milliard de personnes n’ont pas un accès satisfaisant à l’énergie pendant que 20% de la population mondiale consomment 80% de l’énergie produite dans le monde et a encouragé l’ensemble des bénévoles et des partenaires de la salle à continuer le « travail » entrepris il y a 30 ans.

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